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Les Amis de Montaigle n'ont pas eu
à hésiter devant les options qu'il fallait prendre pour sauver le château,
puisqu'il s'agit d'une propriété privée ayant fait l'objet de plusieurs
classements. Il leur fallait donc, d'une part, inviter le propriétaire à définir
ses propres objectifs et en discuter avec lui; d'autre part, consulter la
Commission Royale des Monuments et des Sites (C.R.M.S.). Ces deux démarches
ont été faites à partir du moment où les Amis de Montaigle, dépassant le
stade des travaux préliminaires qui ne touchaient guère aux structures, ont
vu la possibilité de s'atteler à l'essentiel du problème : la consolidation.
A cet
égard, l'année 1976 est capitale. Un cinéaste anversois, séduit par les
ruines et le site, émit le souhait d'y tourner un long métrage. Il lui
fallait disposer si possible d'une tour des ruines (la Tour d'Entrée), du
gîte des Amis de Montaigle et même de la participation de ceux-ci. L'enjeu
financier étant de taille, les Amis de Montaigle intervinrent auprès du
propriétaire qui accepta de bonne grâce. Mais il fallait consolider la tour !
Comment? Avec quel argent? La consolidation de la Tour du Guet en 1974, avait
coûté près de 600.000 F subsidié à 60% par l'Etat. Il s'agissait d'une
consolidation "classique" avec démontage des parements et maçonnage
au mortier, les joints étant lissés à la truelle. La Tour du Guet dresse
fièrement ses maçonneries sur une hauteur de... 5 mètres. Le sommet de la
Tour d'Entrée culmine à plus de 15 mètres ! IL fallait donc trouver une
solution satisfaisante tant du point de vue esthétique que technique et
économique. De nouveau, on décida de jouer la carte du mécénat en faisant
appel à une société de la région, la S.A. Pasek, spécialisée notamment dans
la projection de bétons réfractaires. Par sympathie surtout et aussi par
curiosité, la S.A. Pasek accepta de pratiquer des essais d'insufflation et de
projection de béton.
La C.R.M.S., invitée à se prononcer sur la validité des
essais marqua son accord pour la consolidation de la Tour d'Entrée et le film
fut tourné à la date prévue.
Bénéficiant toujours de la précieuse collaboration de la
S.A.Pasek, les Amis de Montaigle eurent par la suite l'occasion de consolider
par gunitage le cintre de la fenêtre à banquette de la Tour Flanquante et de réparer
une partie des Escaliers du Donjon tandis que se perfectionnait la technique
du gunitage appliquée à un monument en ruine.
Parallèlement, les échanges de vues entamés avec le
propriétaire aboutissent à la signature d'une nouvelle convention qui définit
les conceptions de celui-ci et les latitudes laissées à l'Association pour
consolider et aménager les ruines. La technique de consolidation envisagée
étant par surcroît tout à fait nouvelle, il fallait agir prudemment et
s'entourer d'avis compétents, meme si, dans la pratique, le fait de
s'entourer d'avis compétents aboutit souvent à multiplier les avis parfois
bien divergents!
Pour le propriétaire, homme sensé et respectueux de
l'image romantique traditionnelle des ruines, la solution proposée apparaissait
comme une sorte de mal nécessaire. D'où son souhait de voir modifier le moins
possible l'aspect sauvage des lieux, et ses réticences à l'égard
d'aménagements définitifs qui ne seraient pas vraiment indispensables pour la
consolidation du monument.
Cette façon de voir tout à fait légitime et dans
l'ensemble partagée par les Amis de Montaigle s'est avérée dans les faits
capable de concessions et de dialogue. On peut en effet aimer la poésie d'une
tour dévorée par le lierre et lui découvrir d'autres charmes lorsqu'elle en
est dépouillée et consolidée. La poésie et le romantisme cédant un peu de
place à l'intérêt architectural, à l'esthétique de la forme, à l'histoire...
L'image traditionnelle des ruines est donc en pleine
mutation; on est en train de la remodeler. Il faudra s'y habituer, refouler
une certaine nostalgie, en reconnaissant la subjectivité d'une vision qui ne
correspond même pas à celle qu'on avait des ruines au XIX ème siècle et au
début de ce siècle : la documentation iconographique rassemblée est là pour
le prouver.
La philosophie du sauvetage des ruines de Montaigle est
donc bien modeste, tiraillée entre le passé et le futur; tiraillée entre des
avis autorisés parfois contradictoires; tiraillée entre le besoin de
réfléchir, de faire le point et la nécessité d'aller de l'avant parce que les
travailleurs attendent des directives précises et immédiates.

1.
Consolidation du monument.
La restauration des ruines se limite à une consolidation
qui a pour but de conserver et de révéler les valeurs esthétiques et
historiques du monument en se fondant sur le respect de la substance ancienne
et des documents authentiques. La restauration s'arrête là où commence
l'hypothèse. Cependant, si cela s'avère nécessaire pour des raisons de
compréhension ou de conservation, on pourra remonter un parement détruit ou
suppléer les éléments disparus dont l'existence peut être prouvée de manière
absolue par l'analyse du bâtiment. Les éléments destinés à remplacer les
parties manquantes doivent s'intégrer harmonieusement à l'ensemble, tout en
se distinguant des parties originales, afin que la restauration ne falsifie
pas le document unique qu'est le monument.
Si pour des raisons esthétiques ou techniques il est
nécessaire de recourir à la restitution, elle ne peut se fonder que sur une
documentation iconographique, gravures, dessins ou photographies attestant
l'existence de manière certaine des éléments disparus.
Tout travail de reconstruction est exclu. La meilleure
restauration est la moins nterventionniste possible.C'est celle qui modifie
le moins l'état du monument.(voir Charte de Venise)
La consolidation par gunitage répond certainement à ces
exigences.

2. La
végétation à l'intérieur du bâtiment.
Elimination radicale de la végétation ligneuse, quitte à
épargner l'un ou l'autre buisson inoffensif. Suivant la C.R.M.S., les ruines
demandent un habillement végétal. Il faut donc favoriser le retour de la
végétation spontanée sur les murs à l'exclusion de tout apport extérieur.
L'utilisation de désherbants est interdite. Ce point de vue est partagé par
le propriétaire. Il faut cependant accorder une attention toute particulière
à cette repousse pour empêcher le retour de toute végétation nuisible.

3. La
végétation à l'extérieur du bâtiment.
Toute végétation sera supprimée sur le promontoire rocheux
afin d'offrir la vision d'un château dans toute la force de sa masse dans un
cadre boisé. C'est ainsi que le monument apparaît depuis sa découverte à
l'époque romantique. Ce travail d'entretien est colossal et toujours à
recommencer, la nature est plus vivace qu'on ne l'imagine.

4.
Aménagements dans le monument.
L'accès à certaines parties du bâtiment apparaît problématique
pour les visiteurs. Des aménagements de sécurité sont nécessaires et seront
réalisés suivant l’esprit de la Charte de Venise.

5. Le site
environnant
Les travaux dans le site environnant ont pour objectif de
faire découvrir le château sous des angles insolites pour mieux en saisir
toute la richesse architecturale. La création de sentiers de promenade autour
du monument et l'aménagement de trouées permet de rendre les ruines plus
visibles de la vallée de la Molignée.

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